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Méditation du Patriarche Pizzaballa: Solennité de l’Ascension du Seigneur, année A

25 mars 2017 

Solennité de l’Ascension du Seigneur, année A

L’Evangile de Mathieu ne rapporte aucune apparition du ressuscité aux disciples, à l’exception de celle qui est lue aujourd’hui. Après la résurrection, les premiers et les seuls à voir le Seigneur sont les femmes auxquelles Jésus confie la charge d’annoncer aux frères de se rendre en Galilée : là ils le verront (Mt 28, 9-10). 

Les disciples doivent donc, pour voir le Seigneur, obéir à Sa Parole et se mettre en chemin ; et ils doivent retourner là où toute leur histoire avec le Seigneur a commencé. 

L’Evangile se conclut en quelque sorte là où il a commencé:  tout cela pour dire qu’en fait, l’Evangile ne se conclut pas, que la vie de Jésus n’est jamais achevée une fois pour toute, qu’il ne suffit pas de le lire une seule fois pour apprendre quelque chose à son sujet. Mais que là où l’histoire s’achève, en cet endroit même, à chaque fois, elle recommence, et le voyage poursuivra la même route, mais ce ne sera pas la même chose car elle nous portera à chaque fois à une connaissance toujours plus approfondie de Lui. 

Le texte semble dire qu’une fois arrivés en Galilée, les disciples découvrent que le Seigneur les a précédés et est déjà là, à les attendre (Mt 28,16). Il n’y a pas une mission – les disciples seront immédiatement envoyés à annoncer la vie nouvelle du Ressuscité – qui ne parte de cette expérience, qui ne naisse de cette stupeur d’être toujours précédés et cela malgré les trahisons, les abandons, les échecs. Tout recommence toujours une nouvelle fois. 

La rencontre est marquée par deux attitudes différentes : les disciples l’adorent, mais certains doutent (Mt 28,16). 

En premier lieu, l’adoration exprime la foi et est réservée seulement à Dieu : dans l’épisode des tentations (Mt 4, 8-10), le diable avait emmené Jésus sur une montagne,  – de la même manière que se déroule sur une montagne l’épisode d’aujourd’hui – et il lui avait demandé de l’adorer, en échange de tous les royaumes du monde et de leur gloire ; mais Jésus n’était pas tombé dans le piège et s’était accroché à la Parole qui n’admet pas que quiconque prenne la place de Dieu : « Tu craindras le Seigneur ton Dieu, tu le serviras, c’est par son nom que tu prêteras serment » (Dt 6,13). 

Dans l’Evangile d’aujourd’hui, après avoir tout donné par amour et avoir pleinement accompli la volonté de salut du Père, c’est Lui qui reçoit non seulement cette adoration que le diable aurait voulu lui retirer, mais aussi les royaumes que le diable aurait voulu lui donner en échange. Ainsi, Jésus peut affirmer : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre » (Mt 28,18). 

La seconde attitude semble presque étrange dans un contexte si intense, dans une rencontre si solennelle. Et pourtant, l’Evangéliste ne craint pas de dire que le doute est présent, même au cours de ce moment, à l’intérieur même du premier groupe appelé par la suite à évangéliser tous les autres. La foi demeure mêlée au doute et il ne peut en être autrement. 

Le Seigneur les appelle tout comme il avait appelé un jour Pierre à marcher sur les eaux pour aller à sa rencontre, et là aussi, lui, le premier des apôtres avait douté (Mt 14,31) ; Jésus avait alors reproché à Pierre son peu de foi. Et c’est précisément de cette conscience humble de la pauvreté de sa foi que l’on peut repartir à chaque fois : de là, repartiront également les disciples pour leur mission universelle. 

Des disciples, à la fois pétris de foi et d’incrédulité, Jésus s’approche d’eux (Mt 28,18) : « s’approcher de » est un verbe qui est souvent utilisé dans l’Evangile, surtout pour parler des gens qui s’approchent de Jésus pour obtenir la guérison et le salut. 

Par deux fois seulement, ce verbe indique le mouvement contraire, celui de Jésus qui s’approche des disciples, et  dans le passage de la Transfiguration (Mt 17,7). Ce n’est pas un hasard si ces deux épisodes parlent de Jésus dans sa gloire : comme pour nous dire que la gloire du Seigneur n’est jamais éloignée des hommes et des siens, bien au contraire. Et c’est justement le lieu où il peut s’approcher, où il y a une possibilité infinie de se faire plus proche. 

Et c’est pour cela qu’il peut, en ce moment même où Il laisse les siens, prononcer les mots qui témoignent d’une relation et d’une présence définitive : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » (Mt 28,20). 

Ce sont là les dernières paroles de l’Evangile de Matthieu et ce sont des paroles surprenantes : le Seigneur ressuscité n’est pas parti au loin mais est venu de façon définitive. 

Ainsi s’accomplit la promesse par laquelle l’Evangile avait commencé, l’annonce reçue en songe par Joseph à travers un ange : cet enfant que Marie a porté en son sein est le Dieu-avec-nous (Mt 1,22). 

A présent commence une nouvelle histoire, celle de Dieu présent dans l’histoire à travers la vie ressuscité du Seigneur, qui donne Son Esprit. 

Et ce qui est également nouveau est qu’il est pour tous : les disciples sont envoyés à vivre au milieu de tous les peuples et à être partout des ferments de vie nouvelle afin que la bonne nouvelle du salut puisse être annoncée à tous. 

La nouvelle histoire qui commence aujourd’hui est un signe d’universalité : en peu de versets, l’adjectif « tout » revient au moins quatre fois : tout le pouvoir, tous les peuples, tout ce que je vous ai commandé, tous les jours (Mt 28,18-20). 

Tout ce que Jésus « possède », c’est-à-dire sa relation d’amour dans la Trinité peut à présent passer à tous les hommes, à travers les disciples qui auront à cœur d’annoncer tout ce que le Seigneur leur a dit. 

Personne ne sera plus exclu de cette grâce car le Seigneur de gloire est Celui qui se fait proche de chaque homme : tel est le pouvoir qui lui a été donné. 

Pierbatistta