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Méditation du Patriarche Pizzaballa: VI Dimanche de Pâques, année A

21 mai 2017 

VI Dimanche de Pâques, année A 

Nous poursuivons l’écoute du chapitre XIV de l’Evangile de Jean. Ce ne sont pas des passages faciles à expliquer. Ils parlent d’une réalité qui paraît en apparence lointaine et peu compréhensible. Nous sommes au cours du dernier repas et Jésus, avant de quitter ses disciples, leur révèle quel est le cœur de la vie qui les attend après Sa Pâques. 

La vie dont Jésus parle sera avant toute chose une seule vie : la vie même du Père sera en Jésus, et cette vie même sera en nous. Jésus n’a aucun doute et le dit clairement : « Vous me verrez vivant, et vous vivrez aussi… je suis en mon Père, vous êtes en moi, et moi en vous. » (Jn 14, 19-20). 

C’est cela la vraie, la première, la grande, la belle nouvelle que la Parole nous donne : la mort ne mettra pas fin à la bonne existence de Jésus que les disciples avaient pu observer en demeurant avec Lui. 

« Je vis » dit le Seigneur. Et il se produira quelque chose de plus grand encore: « Vous vivrez aussi », c’est-à-dire vous serez vivant par ma propre vie. 

Peut-être n’avons-nous pas encore bien compris la grandeur de ce don : il nous arrive de penser que Jésus peut, tout au plus, nous rendre la vie que nous avons déjà, un peu plus belle et digne, qu’il peut résoudre quelques problèmes, nous donner quelques grâces. 

Mais il n’en est pas ainsi : Jésus fait bien plus car il nous donne une vie totalement nouvelle, une vie qui a franchi la mort et qui est à présent éternelle : la Sienne. Par conséquent, il n’existe plus deux « vies », celle de Dieu et la nôtre. Il existe seulement la vie du Christ, la vie qui est le Christ (cf. l’Evangile de dimanche dernier), une vie que Jésus choisit de partager avec nous : et nous prenons part à Sa vie. 

Jésus va encore plus loin et nous dit comment sera cette vie. 

Quand finira ce monde dans lequel la vie est faite de solitude, d’éloignements et de séparations, commencera un monde dans lequel « le Consolateur sera pour toujours avec nous » (Jn 14,16).  Ce sera alors une vie faite de relations et de communion, comme celle que Jésus partage avec le Père : une vie d’amour entre les personnes. 

L’Esprit qui unit le Père et le Fils nous fera entrer dans cette relation d’amour. 

Et ce sera une vie dans laquelle la relation ne faillira pas, que ni notre péché, ni notre propre mort ne suffiront à interrompre : nous serons toujours de nouveau accueillis, toujours de nouveau consolés. 

Les quelques versets de cet Evangile ne font que répéter le style d’intimité qui caractérise notre vie nouvelle : Lui sera « avec nous, auprès de nous, en nous » (cf. Jn 14,16.17.20). 

Et c’est cela qui sera la vraie nouveauté. 

Le monde ne changera pas, les choses qui passent non plus mais en elle, au plus profond, sera greffé un nouveau principe vital qui nous tiendra profondément unis à la vie de Dieu. 

Et quand se produira tout cela ? 

« D’ici peu de temps » (Jn 14,19). 

Jésus fait évidemment allusion à l’heure de sa Passion, sur le point de s’accomplir. L’accès à cette vie nouvelle que nous pourrons enfin voir de l’intérieur sera la mort de Jésus et sa résurrection. 

Ici finira le vieux monde et de ses ruines en naîtra un nouveau. 

Nous ne pourrons que passer par là si nous voulons vivre : tout ce qui ne passera pas par cette porte restera prisonnier de la mort, en deçà de la vie. Mais ce qui sera baptisé dans la Passion du Christ, ce qui sera vécu dans l’acceptation, par la Grâce, tout cela appartiendra à la Vie de Dieu et y appartiendra dès maintenant. 

Et qui donc verra tout cela ? 

Certainement pas le monde car pour cela les yeux de la chair ne suffisent pas. Cette vie est si nouvelle, si diverse que le monde ne peut la voir : Jésus répète même à deux reprises que le monde ne peut ni voir ni connaitre cette nouveauté (Jn 14, 17.19). 

Tout cela est logique. Le monde reconnait ce qui est sien, ce qui lui appartient. Mais il n’a pas les yeux pour voir ce qui appartient à une autre création, ce qui est de l’ordre de la grâce, de l’Esprit. 

Le monde a des yeux pour voir ce qu’il fait de lui-même, ce qui s’achève et meurt. Ce qui vit pour toujours, au contraire, ce qui demeure, ce qui est véridique ne peut être vu qu’avec des yeux renouvelés par l’Esprit. 

C’est un passage « ontologique » à effectuer, un pas en avant dans une vie nouvelle : c’est le Baptême, c’est une vie qui revient constamment à ses propres origines, à la vérité. Une vie qui renait d’en haut (Jn 3,3). 

Ainsi, celui qui verra est celui qui osera entrer dans la vie de Dieu, qui s’y abandonnera : autrement dit celui qui aime et observera ses commandements : « Celui qui reçoit mes commandements et les garde, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; moi aussi, je l’aimerai, et je me manifesterai à lui. » (Jn 14,21). 

En fin de compte, Jean nous dit que la Pâque a fait de nous une créature nouvelle car elle nous a unis de manière intime à la vie de Dieu. Et cette vie nouvelle, cet amour extraordinaire devient visible en observant les commandements, c’est-à-dire à travers une vie qui témoigne au monde de l’amour qui nous unit au Christ. 

L’Evangéliste nous invite à regarder la vie non pas avec les yeux du monde mais avec les yeux de celui qui a la vie de Dieu en lui. Le témoignage chrétien est précisément cela. Etre capable de porter ce regard nouveau, libre et salutaire sur notre vie et celle du monde ; avoir la capacité de voir le salut qui nous touche le cœur, être toujours capable d’amour. C’est le témoignage de tant de chrétiens d’aujourd’hui comme d’hier. 

+ Pierbattista