29 mars 2020
V Dimanche de Carême, année A
Une des clés pour entrer dans le passage de l'Évangile d'aujourd'hui (Jn 11, 1-45) est celle de l'amitié, de l'amour.
Le terme « aimer » revient trois fois dans le passage (Jn 11,3,5,36), mais constitue en fait le fond de tout l'épisode ; il fait bien sûr référence à Lazare, l’ami que Jésus aime, mais il concerne aussi ses sœurs. Entre Jésus, Marthe et Marie, en effet, il y a un échange de paroles et de gestes qui révèlent une relation intime, de confiance, d'attente, d'amour mutuel : l'évangéliste tient à rappeler que c'est Marie qui a parfumé les pieds de Jésus avec l’onguent et les a séchés avec ses cheveux (Jn 11,2) ; et lorsque Lazare est en danger de mort, les sœurs envoient en informer Jésus (Jn 11,39).
Ainsi, Jean peut dire que Jésus aimait Marthe, sa sœur et Lazare (Jn 11,5).
Mais tout comme le thème de l'amour est sous-jacent à tout le passage, un autre thème le traverse du début à la fin, celui de la mort. La mort qui s'approche de Lazare alors qu'il est malade, la mort qui le prend enfin, et qui semble avoir le dernier mot, quand Marthe dit qu'il n'y a plus d'espoir, car Lazare est dans le tombeau depuis quatre jours (Jn 11, 39).
Alors, pourrait-on se demander, comment ces deux réalités se trouvent ensemble ? Comment est-il possible qu'il y ait la mort, là où il y a de l'amour ? La mort peut briser les liens de l'amitié, qui est le plus fort ?
C'est une question ô combien actuelle.
On la retrouve cette question, tout au long de l'histoire, on l'entend dans les paroles des sœurs : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. » (Jean 11, 21.32). Nous la retrouvons dans les pleurs de Jésus, qui ressent toute la douleur et le drame de la mort de son ami.
On pourrait dire que la foi doit tôt ou tard faire face à ce scandale, à ce drame de la mort.
C'est peut-être pour cela que Jésus semble tarder, avant d'aller voir son ami ; il ne fait rien pour éviter la mort, il le laisse mourir.
Il le laisse mourir, mais ensuite il ne l'abandonne pas dans la mort. C'est là qu'il le rejoint.
Comment le rejoint-il ?
Le passage parle de ces « Juifs » qui sont allés vers Marthe et Marie pour les consoler (Jn 11, 19,31), selon la pratique des condoléances qui était un rite déjà répandu et bien établi au temps de Jésus.
Ils rendent visite aux sœurs pour ne pas les laisser seules dans leur chagrin ; mais ils ne peuvent rien contre la mort.
La visite de Jésus est complètement différente.
Il va réveiller son ami (Jn 11,11), car pour ceux qui croient en Lui, ceux qui croient en Son amitié fidèle, la mort est comme un sommeil et, comme tout sommeil, elle n'est pas définitive, elle n'est pas pour toujours.
Jésus rend visite à Lazare et à ses sœurs en leur apportant le don de son amitié, qui est la vie : tout comme son amitié ne se perd pas, la vie ne se perd pas non plus.
En filigrane, à côté de la mort de Lazare, l'évangéliste Jean fait allusion à une autre mort, celle de Jésus lui-même. On trouve une allusion au début (Jn 11, 8,16), et plus explicitement encore à la fin, lorsque c'est précisément à cause de la résurrection de Lazare que vient la décision, de la part des chefs, de tuer Jésus (Jn 11, 47-53).
Cette mort a beaucoup de points communs avec celle de Lazare : même le Père, en effet, bien que son Fils l'ait prié de l'écarter de la mort, n'a pas épargné son propre Fils, profondément aimé, de cette expérience extrême d'abandon.
Mais tout comme Jésus n'abandonne pas Lazare dans le tombeau, le Père n'abandonne pas non plus son Fils, mais le visite avec une vie qui ne cessera jamais.
S'il est une chose capable de surmonter la mort, c'est bien et uniquement l'amour : le lien qui existe entre le Père et le Fils est un lien si fort et si sûr que même la mort ne peut le rompre.
Et c'est à ce même lien qu'il nous est donné de participer, en vivant dans l'amour du Seigneur et entre nous.
+Pierbattista
