Logo
Faire un don

Méditation du Patriarche Pizzaballa: II Dimanche de Pâques, année C

28 avril 2019 

II Dimanche de Pâques, année C 

Il y a huit jours, lors du dimanche de Pâques, nous avions vu où commence le chemin de foi de chaque chrétien : au sépulcre vide. C’est là que nous venons pour voir le lieu où Jésus a été enseveli, là où les femmes et les disciples découvrent que son corps a bien disparu. Jésus n’est plus prisonnier de la mort. 

Mais ceci n’est en réalité que le point de départ et appelle un chemin. 

C’est pourquoi les récits des rencontres entre le Ressuscité et ses disciples parlent très souvent d’une route : les disciples se rendent au sépulcre, Jésus vient à eux dans le cénacle, les disciples sont en routes vers Emmaüs, puis ils retournent en hâte à Jérusalem. 

C’est un chemin physique, bien sûr, mais aussi un parcours spirituel. C’est le parcours de la foi. 

C’est pourquoi, si avec l’Evangile du matin de Pâques nous avions vu où commence ce parcours de foi, aujourd’hui nous voyons où il nous entraine, où il doit aboutir. Il doit nous conduire à reconnaitre le Seigneur ressuscité, à le voir de nos yeux, à croire en lui, à le redécouvrir comme notre Seigneur et notre Dieu. 

C’est de ce parcours de foi que nous voulons maintenant souligner quelques aspects. 

Tout d’abord, il faut remarquer qu’après le matin de Pâques, après le jour qui suit le sabbat, tous cherchent Jésus mais personne ne le trouve. C’est lui qui trouve les siens. Et il les trouve quand et où cela lui semble bon. Dans l’Evangile d’aujourd’hui nous voyons vraiment cela : Jésus trouve en premier les siens réunis le soir dans le Cénacle. Puis, huit jours plus tard, il revient pour rencontrer Thomas, absent lors de la première rencontre. Le chemin de foi passe à travers cette voie étroite, celle de se laisser trouver, de reconnaitre que ce n’est pas nous qui trouvons le Seigneur mais bien lui qui nous trouve. 

Mais où nous trouve t-il ? Exactement là où nous sommes, dans nos peurs et nos doutes, là où nous sommes enfermés. Les disciples étaient enfermés dans le Cénacle par peur des juifs (Jn 20,19), Thomas était enfermé dans l’incapacité de penser le Seigneur vivant, de donner au Seigneur la possibilité de venir vers lui. Au contraire, comme nous l’avons vu, c’est le Seigneur qui vient. Et il vient pour accomplir trois choses. 

La première est de donner l’Esprit (Jn 20,22). C’est-à-dire pour donner la vie que lui-même a retrouvée après la mort. C’est la vie à laquelle le Père l’a rappelé, comme le couronnement et l’accomplissement de son don par amour. Mais dès qu’il reçoit cette vie, Jésus ne peut la retenir pour lui : il la donne à ses amis. 

La seconde chose que Jésus accomplit est d’envoyer les disciples. À peine les a-t-il retrouvés après l’égarement des jours de la Passion, qu’il ne les retient pas à lui mais les envoie aussitôt, comme le Père l’avait envoyé. Ainsi la vie qu’il ont retrouvée, ils doivent désormais et immédiatement la partager avec tout homme, car Pâques est pour tous. Et la manière dont cela arrivera est unique : le pardon des péchés (Jn 20,23). Car le pardon est le signe ultime de la victoire du Ressuscité sur la mort. 

Enfin, Jésus vient pour rencontrer et guérir Thomas. 

Le besoin de l’homme blessé, de l’homme pécheur, est toujours celui d’allonger la main, de toucher et de prendre, comme l’avait fait Adam. C’est le besoin de posséder. Et Jésus arrive justement à ce point. Il s’offre à notre besoin malade. Et, ce faisant, en s’offrant comme il l’avait fait sur la croix, il nous guérit en nous donnant la possibilité d’un autre mode de vivre. C’est vie nouvelle est celle de celui qui a confiance et qui croit. 

Et si toucher et posséder sont des actions qui nous renferment sur nous-mêmes, qui nous replient sur nous et nos propres besoins, y compris religieux, croire est déjà une sortie de nous-mêmes. C’est en fait le principe de cette mission pour laquelle le Ressuscité nous envoie. 

Celui qui est prisonnier de son propre besoin d’attendre pour voir et pour toucher ne part en réalité jamais. En revanche, celui qui croit que le Seigneur est toujours avec lui, qu’il lui donne continuellement la vie, ne peut pas rester immobile. Le croyant ne peut pas ne pas partir, afin que d’autres puissent aussi être rejoints par le même don de gratuité et de vie. 

+ Pierbattista