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Méditation du Patriarche Pizzaballa: III dimanche de l’Avent, année C

16 décembre 2018 

III dimanche de l’Avent, année C 

De nouveau nous rencontrons la figure de Jean-Baptiste lors de ce troisième dimanche de l’Avent. 

Sa prédication sur les rives du Jourdain suscite un désir de conversion chez beaucoup (Lc 3,10-14), et une question semble naître dans les cœurs : que faut-il faire pour avoir une vie bonne ? Qu’est ce que je peux faire, moi, pour ma vie ? 

Ceux qui se posent cette question sont des personnes de catégories très diverses. Un nouveau désir de vie nait chez elles, selon leurs états et leurs situations propres. Et la réponse sera à chaque fois différente et ainsi appropriée à chacun. 

La question est posée par les foules (Lc 3,10), les collecteurs d’impôt (Lc 3,12), les soldats (Lc 3,14). Il nous semble même pouvoir percevoir leur stupeur lorsqu’ils se rendent compte qu’il existe bel et bien un salut pour eux aussi. Personne n’est exclut. Ceci est renforcé par la citation du prophète Isaïe que nous avions entendue dimanche dernier : « toute chair verra le salut de Dieu » (Lc 3,6). Cette Parole était alors justement celle qui était descendue sur Jean et lui faisait proclamer dans le désert le pardon donné à tous. 

Les réponses données par le Baptiste à ceux qui l’interrogent, ont en commun de conduire à la rencontre du frère : « N’exigez rien de plus que ce qui vous est fixé » (Lc 3,13)…ne faites violences à personne et n’accusez personne à tort… » (3,14). Il est donc demandé de redresser les voies qui vont vers l’autre, d’éliminer les injustices, de ne pas faire de mal, de ne pas utiliser l’autre pour ses propres intérêts. Il est demandé de partager ce que l’on a, en invitant celui qui a moins. Cela semble être la chose la plus évidente. 

Autrement dit, le Baptiste affirme que la conversion ne se réalise pas de manière rituelle. Les sacrifices offerts au temple et les pèlerinages ne suffisent pas. Le pèlerinage véritable qu’il faut faire est celui qui nous conduit vers l’autre, à partir de l’endroit où l’on se trouve. Et c’est précisément là que le Seigneur vient, sur la route que Lui parcourt pour rejoindre la vie de l’homme. 

Lorsque ceci arrive, alors la vision prophétique du monde que Isaïe avait entrevue commence à devenir réelle. Dans cette vision le monde devait alors passer par une transformation totale. Tout ce qui faisait office d’empêchement à la rencontre des hommes entre eux et des hommes avec Dieu (montages, vallées et voies tortueuses) serait alors éliminé pour que la rencontre puisse advenir. 

Car si Dieu vient alors cela conduira à ce que les homes se retrouvent frères et que naisse un nouveau style de relation. 

Dans la seconde partie du récit évangélique entendu aujourd’hui (Lc 3,15-18), l’évangéliste souligne un autre fruit dans la prédication de Jean : l’attente. « Or le peuple était en attente » (Lc 13,15). Ainsi la tâche de Jean n’est pas seulement d’aider les différentes catégories de personne à vivre en paix entre elles. Ce serait déjà beaucoup. Mais en réalité, il y a beaucoup plus : Jean suscite une espérance là où toute espérance s’était amoindrie, voire même complètement éteinte. Dans un contexte où les gens n’attendaient plus rien et s’étaient même résignés à vivre seulement dans le présent, avec le poids de l’injustice et de la fatigue, un homme, qui laisse émerger en lui la Parole de Dieu, est rendu capable de réveiller l’attente de l’autre. Il est capable de rappeler que nous ne sommes pas seulement faits pour cette terre, que l’homme vit de la rencontre avec Dieu. 

Pour beaucoup cette rencontre pouvait s’arrêter à la figure de Jean : tous, en effet, « se demandaient en eux-mêmes si Jean n’était pas le Christ » (Lc 3,15). Mais la réponse de Jean fait naître dans le cœur des gens une espérance qui va au-delà : le Messie, lorsqu’il viendra, sera bien plus que lui. Il dépassera toute attente du cœur de l’homme. Jean, par rapport à ce Messie, n’est personne et il se reconnaît lui-même ainsi (Lc 3,16). 

Et ceci sera tellement vrai, le Messie sera tellement plus, qu’il sera difficile de le reconnaitre, y compris pour Jean lui-même. Ce dernier vivra d’ailleurs ce drame de ne pas réussir à tenir l’écart, la différence entre ce qu’il attendait et ce Jésus qui se présente devant lui : « Jean le Baptiste nous a envoyés pour te demander : “es-tu celui qui doit venir ou devons nous en attendre un autre ?”» (Lc 7,20 ; cf. Mt 11,3). 

C’est pour cela qu’il faut toujours être vigilants. Et non seulement parce que nous ne savons pas le jour et l’heure mais aussi (et peut-être encore plus) parce que ce qui nous sera donné dépassera de beaucoup ce que nous attendons. Et il s’agira d’aimer ce don en le laissant dépasser nos espérances, en le laissant nous porter au large, là où nous ne pensions pas aller. 

Car une espérance, pour être réelle, ne peut pas être moins qu’une espérance d’infini et d’éternité. 

+Pierbattista