ROME – Le Patriarche s’est exprimé lors d’un événement organisé par le Comité national pour le 800e anniversaire de la mort de saint François, à l’église San Francesco a Ripa à Rome, le vendredi 6 février 2026.
Le Patriarche latin de Jérusalem s’exprime sur le 7 octobre, ses visites dans la bande de Gaza, le « Conseil de paix », la solution à deux États et la situation des chrétiens en Terre Sainte.
Après ce qui s’est passé et ce qui se passe encore à Gaza, « il est difficile d’envisager une solution à court terme » entre Israéliens et Palestiniens, a déclaré le cardinal Pierbattista Pizzaballa, Patriarche latin de Jérusalem.
« Les blessures sont encore profondes, les gens sont désorientés, face à un leadership faible. Il n’y a pas de vision claire de l’avenir, de l’autre qui est à vos côtés et, d’une certaine manière, en vous », a-t-il poursuivi. « Aucune des deux parties ne veut entendre parler de l’autre : la relation s’est rompue, et c’est le premier point à prendre en compte et par lequel il faut commencer. »
Le 7 octobre et la guerre à Gaza : « des événements sans précédent »
Le 7 octobre et la guerre qui a suivi « ont été des événements sans précédent », a déclaré le Cardinal. « Nous-mêmes n’avons pas immédiatement saisi l’ampleur de ce qui s’était passé avec l’attaque du Hamas et, par la suite, de ce qui allait se dérouler avec la riposte de l’armée israélienne », a-t-il expliqué, en réponse aux questions de Maria Gianniti, correspondante à Jérusalem pour la RAI, la chaîne publique nationale italienne.
« Nous pensions qu’il y aurait des représailles, comme cela s’était produit à maintes reprises auparavant, mais au lieu de cela, tous les repères que nous connaissions se sont effondrés », a-t-il souligné.
Des doutes quant au « Conseil de la paix »
En réponse à une question sur le projet de « Conseil de la paix » de l’administration Trump, le Patriarche a exprimé son inquiétude face à toute initiative qui semble viser avant tout à protéger les intérêts des grandes puissances, sans véritable reconnaissance du peuple palestinien et de ses droits.
La nécessité d’actions concrètes
« La paix et la réconciliation sont de beaux concepts, mais ils risquent de rester de simples slogans s’ils ne s’accompagnent pas aujourd’hui d’actions concrètes, de gestes et de témoignages qui démontrent physiquement la possibilité de rétablir la confiance », a poursuivi le Cardinal. Ce ne sera ni facile ni automatique, mais « nous devons être conscients qu’il faut avant tout créer des occasions de rencontre, ainsi que des contextes culturels et sociaux qui, petit à petit, aident les gens à penser différemment. Les mots ne suffisent pas », a-t-il insisté.
Le Patriarche a ajouté : « Nous avons besoin d’un leadership politique, mais aussi d’un leadership religieux, des deux côtés, qui ait une certaine vision et ne fonde pas son autorité uniquement sur la colère et la soif de vengeance. »
Il a expliqué qu’il s’agissait d’un processus qui prendrait du temps. « En attendant, nous devons tenir bon, convaincus que nous ne pouvons pas laisser le discours aux extrémistes, qu’il s’agisse du Hamas ou des colons. Et, pour nous, membres de la communauté chrétienne, ce qui importe à ce stade, c’est d’être présents, en restant fidèles à nous-mêmes », a-t-il souligné.
« La Terre Sainte nous enseigne qu’être une minorité n’est pas une tragédie, si l’on a quelque chose de beau et de grand à communiquer. Et c’est notre cas. » Nous devons « savoir écouter, comprendre ce que la foi nous dit en ce moment précis : en ce qui me concerne, ma vie appartient à Dieu et au Christ, et il était donc naturel pour moi de répondre oui lorsqu’on m’a demandé si j’étais prêt à m’offrir en échange des otages détenus à Gaza », a-t-il souligné. Les chrétiens peuvent être un signe d’unité, « comme l’était saint François, qui est devenu un signe pour tous parce qu’il était animé par le Christ », a souligné le cardinal Pizzaballa. « C’est pourquoi son témoignage a traversé les siècles et nous parle encore aujourd’hui. »
Quatre visites dans la bande de Gaza pendant la guerre
Après les salutations liminaires du père Paolo Maiello, frère franciscain et vicaire de la province de saint Bonaventure, et du poète Davide Rondoni, président du Comité national pour le 800e anniversaire de la mort de saint François, le Cardinal a partagé l’expérience de ses quatre visites dans la bande de Gaza pendant la guerre.
« La première fois, en mai 2024, ce fut un choc de ne pas reconnaître des lieux que je connaissais, de voir dans les yeux des gens la terreur face à ce qui se passait, de ressentir l’émotion des enfants », se souvient-il.
Lors de la deuxième visite, « peu avant Noël de la même année, la fatigue s’était installée parmi la population, il régnait une désorientation générale, la faim était palpable, la destruction s’aggravait et les hôpitaux étaient hors service ».
Juillet 2025 « a été le moment le plus difficile. Nous sommes entrés après le massacre de trois personnes à l’église de la Sainte Famille et alors que l’armée israélienne préparait l’offensive sur la ville de Gaza. J’ai été frappé par les odeurs – de destruction, de mort. Je ne les oublierai jamais », a-t-il poursuivi.
La dernière visite, avant Noël l’année dernière, « a montré une volonté de reprendre le cours de la vie ; j’ai vu des visages pleins de dignité malgré tout ce qui s’était passé. » Nous sommes passés de l’aide alimentaire à « la fourniture de médicaments, en particulier d’antibiotiques, pour permettre aux hôpitaux de soigner les gens. »
La situation des chrétiens en Terre Sainte
Les difficultés pour les chrétiens sont également considérables, a souligné le Patriarche. « Notre présence en Terre Sainte a considérablement diminué depuis mon arrivée en 1990. Rien que depuis le début de la guerre, au moins une centaine de familles ont quitté Bethléem », a-t-il expliqué. « Malheureusement, beaucoup ne croient plus que les choses puissent changer, du moins dans un avenir proche. Nous travaillons pour que tout le monde puisse rester, mais nous ne pouvons pas juger ceux qui décident de partir. Il faut un grand courage pour rester. »
À l’église de la Sainte Famille, « ils ont enduré des souffrances indicibles ; tout leur manquait. Et surtout — au-delà des biens matériels comme la nourriture, l’eau et les médicaments —, ils avaient besoin d’attention, d’empathie, qu’ils ont trouvées dans la proximité du Pape et de toute l’Église ».
À toutes ces difficultés s’ajoute la situation critique en Cisjordanie, due aux colons israéliens. « Dans le seul village chrétien, Taybeh, une nouvelle attaque a eu lieu il y a quelques jours à peine. À l’encontre des Palestiniens en général, tant musulmans que chrétiens, on observe toutes sortes d’abus : on empêche les gens de travailler, on les prive de leurs terres, ils sont victimes d’agressions armées et d’actes de vandalisme, leurs maisons sont saccagées, démolies ou confisquées », a déclaré le Patriarche latin.
« Nos 13 écoles à Jérusalem », a-t-il rappelé, « sont constamment confrontées à des problèmes d’autorisations pour les enseignants venant, en particulier, de Bethléem. Et c’est épuisant de devoir se battre chaque jour pour des choses qui semblent apparemment banales — des droits qui devraient être fermement établis. »
La solution à deux États
Le Cardinal a également souligné à quel point il est compliqué d’envisager et de mettre en œuvre la solution à deux États à l’heure actuelle, ajoutant toutefois que « c’est un objectif vers lequel il faut tendre ». « Les Palestiniens ont le droit de se sentir comme un peuple et d’avoir un État. Le simple fait d’affirmer cette possibilité est un acte de justice ; cela les aide à continuer de cultiver le rêve d’avoir un jour un foyer qui leur soit propre. »
Un appel aux pèlerins
Enfin, le Cardinal a lancé un appel aux pèlerins pour qu’ils reviennent. « Il est temps de revenir. Assez d’urgences ; il est temps d’être courageux. On peut venir en Terre Sainte, on doit le faire — Bethléem et Jérusalem sont sûres », a-t-il insisté. « Nous devons montrer que l’Église et la communauté chrétienne sont présentes, physiquement présentes aussi. »
De plus, « c’est aussi un geste qui dit aux Palestiniens comme aux Israéliens que nous sommes nous aussi ici, sur cette terre, que nous avons nous aussi nos racines ici. »
Roberto Paglialonga
Source : Vatican News
*Traduction par le Bureau des médias du Patriarcat latin

