4 janvier 2026
Deuxième dimanche après Noël
Jn 1,1-18
Le regard que l'évangéliste Jean nous livre aujourd'hui, dans le prologue de son Évangile (Jn 1,1-18), s'attarde longuement sur un horizon vaste et profond, celui de la vie même de la Trinité.
Dans la liturgie de Noël, nous avons vu que l'évangéliste Luc offrait lui aussi un regard ample, celui de l'histoire universelle de l'époque de Jésus, faite de noms importants comme celui de l'empereur César Auguste, d'événements comme le recensement, de lieux comme Nazareth et Bethléem (Lc 2,1-4).
Jean va plus loin. Il ne s'arrête pas aux événements historiques, aussi importants soient-ils, mais remonte à ce qui est au commencement, à ce qui est l'origine de tout. À l'origine de tout, il y a la vie de Dieu, qui est une vie de relation et d'amour : le Père engendre le Fils et le Fils est tourné vers le Père, dans une circularité de relations.
Le regard de Jean est contemplatif, non narratif : il ne raconte pas le temps, l'histoire, mais la communion entre les personnes de la Trinité. Il ne raconte pas ce qui se voit, mais ce qui ne se voit pas.
Cependant, les deux évangélistes, bien que partant de points de vue différents, finissent par accomplir la même opération : du regard ample avec lequel ils ont commencé leur récit, ils passent soudainement à un lieu et à un temps restreints, celui de l'Incarnation du Verbe.
Luc le fait en parlant de la naissance de Jésus et en concentrant son attention sur ce que les yeux peuvent voir de plus petit et de plus pauvre : des bergers, une mangeoire, un enfant (Lc 2, 7-11).
Jean passe du principe éternel à l'histoire des hommes, en présentant tout d'abord un personnage : Jean-Baptiste (« Il y eut un homme envoyé par Dieu, son nom était Jean » - Jn 1, 6). La lumière commence à entrer dans le monde grâce à lui et à son témoignage.
Tout comme dans les premiers versets, l'évangéliste raconte que le Fils est entièrement tourné vers le Père, nous entendons maintenant que Jean est lui aussi entièrement tourné vers le Messie.
La présence historique du Seigneur parmi nous commence grâce à un homme qui accepte de se tourner entièrement vers Celui qui vient, qui accepte d'être le témoin du Seigneur.
À ce stade, l'Évangile fait un pas supplémentaire : ce Verbe, que nous avons contemplé au début dans le sein de la Trinité, ne se rend pas seulement présent à travers un prophète, comme pouvait l'être le Baptiste. Il entre lui-même dans l'histoire, il marche parmi nous : l'Incarnation (« Et le Verbe s'est fait chair, il a habité parmi nous » - Jn 1, 14). Il s'approche jusqu'à devenir visible, tangible, expérience quotidienne de chaque homme.
C'est ce que veut nous dire le Prologue : la lumière inaccessible, éternelle, qui est Dieu lui-même dans sa vie intime, peut désormais être contemplée avec les yeux de la chair, car elle est venue parmi nous.
Le Prologue nous enseigne avant tout à concilier ces deux points de vue.
Il y a ce que l'on voit, c'est-à-dire notre histoire ; et il y a la vie de Dieu, que l'on ne voit pas.
Pourtant, il s'agit de la même histoire, et il est possible de voir Dieu en observant attentivement l'histoire des hommes. L'histoire n'est plus une histoire « fermée », finie en elle-même : elle est en quelque sorte le récit de la vie de Dieu.
La foi mûrit lorsqu'elle parvient à unir ces deux regards, entre ce que l'on voit – notre histoire – et la vie de Dieu que l'on ne voit pas. Ainsi, nous aussi, comme Jean, nous pourrons dire : « Nous avons vu sa gloire » (Jn 1, 14). La gloire de Dieu ne consiste pas à rester un Dieu inaccessible et lointain, mais à se rendre accessible et présent, car telle est la manière d’aimer.
Le Prologue n'explique pas la raison de cette action de Dieu : il ne le motive pas, il ne le justifie pas.
La venue de Dieu est en effet pure gratuité : elle n'est pas une réaction à notre péché, elle n'est pas le fruit d'une nécessité, ni d'un calcul, elle n'est même pas quelque chose qui puisse s'expliquer.
La vie trinitaire est une vie qui se répand, comme la lumière (« En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ; la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée » - Jn 1, 4-5) ; c'est un amour débordant.
Jean ne raconte donc pas la raison de l'Incarnation, mais il laisse entrevoir le fruit de cette venue de Dieu dans notre chair. Le fruit est la possibilité, pour ceux qui l'accueillent, de devenir enfants de Dieu (« Mais à tous ceux qui l'ont reçu, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu » - Jn 1, 12).
Cela signifie que notre histoire, telle qu'elle est, entre dans la vie de Dieu dont Jean parle au début.
Il ne s'agit pas d'un ajout à notre condition humaine, mais d'une nouvelle naissance, offerte à la liberté de tous, rendus capables, par la grâce, d'accueillir la lumière.
C'est pourquoi le Verbe s'incarne : pour engendrer des enfants de Dieu.
+ Pierbattista

