10 juin 2018
X Dimanche du Temps Ordinaire, Année B
L’épisode raconté dans l’Evangile d’aujourd’hui (Mc 3,20-35) se déroule dans une maison, un lieu très cher à l’évangéliste Marc. Il se déroule en trois parties qui s’articulent ainsi : dans la première et la dernière les protagonistes sont les parents de Jésus, dans la seconde ce sont certains scribes descendus de Jérusalem.
Le lien qui unit ces personnages nous est donné par un verbe : ils “disaient” (Mc 3,21.22.30). Chacun des deux groupes, en effet, semble avoir une opinion particulière sur Jésus et il la dit.
Les parents disent que Jésus “a perdu la tête” ; les scribes disent qu’il “est possédé par Béelzéboul”. Mais les plus embarrassés semblent bien être les membres de la famille de Jésus : ce fils, parti de leur maison et déjà si lointain et différent, commence à causer quelques préoccupations. Voilà donc qu’ils partent pour aller le chercher.
A ce moment de l’Evangile, Jésus a déjà accompli quelques miracles. Il a aussi prononcé certaines paroles avec la prétention d’apporter une nouveauté dans l’histoire. Il a fait naître des questions quant à sa propre personne : qui est-il ? (Mc 1,27). Il a également suscité l’hostilité et les deux groupes de l’Evangile de ce jour sont les représentants de ceux que la présence de Jésus, pour différentes raisons, dérange.
A ces deux opinions qui s’expriment, Jésus répond de deux manières différentes.
Aux scribes il répond avec deux brèves paraboles : dans la première (Mc 3,24-26) il affirme ne pas pouvoir être un envoyé de Satan pour la simple et bonne raison que, jusqu’à maintenant, il n’a rien fait d’autre que de lui imposer des défaites et le détrôner. Il serait alors bien étrange que son envoyé, au lieu de faire son jeu, l’en empêche.
Dans la seconde parabole (Mc 3,27) Jésus donne la clé de lecture de tout ce qu’il a fait jusqu’alors. Il est entré dans une maison dans laquelle Satan régnait en maitre avec force, il l’a lié et l’a rendu impuissant. Et il a pu le faire parce que Lui est plus fort que Satan et il a immédiatement gagné le combat.
Le lecteur de l’Evangile de Marc sait qu’il en est vraiment ainsi. Le premier miracle de Jésus, dans la synagogue de Capharnaüm fut justement de chasser un démon qui possédait un homme. Il l’a littéralement chassé en lui ordonnant de sortir (Mc 1,21-26), et Satan n’a pas pu faire autrement que de s’en aller. En continuant la lecture de l’Evangile, nous verrons plusieurs fois cette même dynamique.
De cette manière, c’est Jésus lui-même qui, en filigrane, révèle sa propre identité. Non seulement il n’a pas perdu la tête, il n’est pas non plus possédé par Béelzéboul, mais il est ce “plus” fort (Mc 1,21-26), annoncé par Jean le Baptiste, Celui qui vient pour instaurer le Règne de Dieu.
Il est le plus fort. Et ce que cela signifie réellement se révélera dans sa capacité à pardonner tout péché (Mc 3,28) : il pardonnera tout, tout péché et tout blasphème. Seulement quelqu’un de très fort peut faire cela.
L’unique chose que Jésus ne peut pas pardonner est le blasphème contre l’Esprit Saint, c’est-à-dire l’incapacité de reconnaitre là où le Seigneur est à l’œuvre et où, au contraire, c’est l’ennemi qui agit. Pécher contre l’Esprit Saint c’est étiqueter l’œuvre de l’Esprit comme étant celle de Satan. De cette manière il n’y aura aucune possibilité de reconnaitre l’œuvre de Dieu et ainsi chaque geste sera inévitablement lu de manière erronée et ne pourra pas conduire à la rencontre avec le salut. C’est ce qui arrive aux scribes qui lisent l’œuvre de Dieu comme œuvre de Satan. Celui qui fait ainsi se ferme à l’œuvre de la grâce, au don de Dieu, il reste en dehors du don de la vie.
Pour raconter aux scribes cette parabole, Jésus utilise une expression rencontrée un peu auparavant : il les appelle(Mc 3,23). En effet, quelques versets plus tôt, Jésus avait appelé les siens, les douze, un à un. Il les avait appelés à une relation personnelle, c’est-à-dire à le suivre.
D’une certaine manière, il appelle maintenant ces scribes, descendus de Jérusalem avec un jugement déjà négatif sur lui. Et il les appelle à sortir, à faire un chemin, à prendre conscience du blasphème qui les habite et qui les conduit à la mort. Il les appelle à s’ouvrir à la vie, à la liberté d’héberger dans leur propre maison le “plus fort”, le vrai libérateur, Celui qui pardonne. Avec cette première réponse, Jésus dit qui il est. Maintenant, il s’agit de répondre à la famille qui, sous certains aspects, se trouve plus concernée par lui, plus touchée au vif, plus compromise par son “étrangeté”.
En leur répondant, Jésus affirme qui est sa nouvelle famille, quelle est sa nouvelle maison, qui sont ses parents.
Une famille est habituellement un groupe fermé et bien défini par les liens du sang. N’importe qui ne peut pas y entrer et il n’y a pas de place pour l’étranger.
C’est là que Jésus élargit le champ de vision et ouvre les porte à qui veut entrer. L’unique critère d’appartenance à sa famille est très clair, bien qu’impossible à quantifier : faire la volonté du Père. Il ne s’agit pas alors d’entrer dans un groupe d’élite, mais plutôt de sortir, comme la famille de Jésus l’avait bien compris lorsqu’ils affirmaient qu’il avait “perdu la tête” et qu’ils “vinrent pour se saisir de lui” (Mc 3,21). Ceci est incompréhensible pour une famille “traditionnelle”, préoccupée uniquement à ce que les besoins, les temps et les traditions soient respectés.
Ici ce n’est pas le cas. Entrent dans la famille, tous ceux qui accueillent le salut du Père et apprennent ainsi à faire de leur vie un don ; ceux qui accueillent un pardon pour tous et qui savent discerner en Jésus le Règne de Dieu, présent dans l’histoire.
+Pierbattista
