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Méditation du Patriarche Pizzaballa : VI Dimanche du Temps Ordinaire, Année B

11 février 2018 

VI ème dimanche du Temps Ordinaire, année B 

Nous retournons aujourd’hui encore aux premières paroles de Jésus, celles par lesquelles, au début de son ministère, il annonce la Bonne Nouvelle, à savoir que Dieu s’est fait proche (Mc 1,14). 

Et comme pour mettre immédiatement au clair ce que signifie cette proximité de Dieu envers l’homme, la route de Jésus croise celle d’un lépreux. Un lépreux, à cette époque était une personne inaccessible, que la loi de Moïse voulait hors du champ d’action de la grâce de Dieu, exclu de l’alliance et de la société. Quelqu’un à qui personne ne pouvait s’approcher et encore moins toucher. 

Une question nous vient alors immédiatement à l’esprit : le Règne de Dieu se fera-t-il aussi proche de ce lépreux ? Comment la Bonne Nouvelle peut-elle vraiment être bonne si elle est incapable de rejoindre tout le monde, même ceux qui sont éloignés ? Y a-t-il encore quelqu’un qui en est exclu ? C’est le lépreux lui-même qui se rapproche de Jésus par une supplication, preuve d’une confiance totale : « Si tu le veux, tu peux me purifier » (Mc 1,40). 

Et Jésus ne se dérobe pas, bien au contraire, il s’expose à la proximité du lépreux en se laissant le premier toucher par sa souffrance. Il est « saisi de compassion », nous dit Marc (1,41) ; la compassion témoigne ici du choix de Jésus de s’impliquer dans l’histoire de cet homme, de l’accueillir et de la porter en lui, de ne pas maintenir des distances froides. C’est cela  que lui aussi veut (Mc 1,41). 

La réaction de Jésus va surpasser les attentes du lépreux. Il aurait pu le guérir en restant éloigné, comme l’avait fait Élisée avec Naaman le Syrien (2Re 5, 1-14) ; il aurait pu prononcer sur lui les paroles de bénédiction et de guérison et certainement, cela aurait suffi à le guérir. Mais Jésus va plus loin et tendant la main sur lui, le touche (Mc 1,41). Il fait ce qu’il n’aurait ni pu ni dû faire. 

Pourquoi alors le fait-il ? 

Il le fait pour lui donner la certitude qu’il n’est plus inaccessible et intouchable, qu’il n’est plus un éloigné et un exclu : c’est cela la vraie guérison dont le lépreux avait besoin. Il le fait pour lui donner la certitude que Dieu veut aller précisément là où l’homme est perdu, là où il semble ne plus y avoir d’espoir, là où le malheur semble avoir le dernier mot. Là aussi, Dieu se fait proche. 

C’est seulement ainsi que la Bonne Nouvelle est vraiment bonne car elle est vraiment pour tous. La Bonne Nouvelle est que Dieu compromet sa propre vie avec l’histoire de chaque homme perdu qu’il rejoint partout où il est perdu pour se lier à lui.     

Mais cela n’est que la première partie de l’Evangile d’aujourd’hui. 

La seconde partie présente une réaction étrange  car Jésus, immédiatement après, renvoie très sévèrement le lépreux guéri, lui ordonnant de se présenter au prêtre pour l’offrande et de ne dire à personne ce qui lui est arrivé (Mc 1, 43-44). D’après le texte, le lépreux ne fait rien de ce qui lui a été ordonné ; au contraire, il se met « à proclamer et à répandre la nouvelle ». Et l’Evangile s’attarde surtout sur les conséquences de cette désobéissance par laquelle « Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville, mais restait à l’écart, dans des endroits déserts » (Mc 1,45). 

C’est ainsi que cela arrive dès le début de la mission de Jésus, que cette proximité de Jésus avec l’homme pécheur a un prix. Il s’identifie à l’humanité à un tel point qu’il se met à sa place, jusqu’à devenir lui aussi un exclu, un rejeté. C’est Lui, maintenant qui est inaccessible et qui doit rester à l’écart, éloigné. 

Tout cela est lourd en conséquences extrêmes, nous le verrons précisément au cours du chemin de Carême, qui commence dans quelques jours: au plus fort de ce chemin, au plus fort de l’histoire de Jésus, nous verrons que Sa véritable solidarité avec l’homme le conduira à « en partager la même peine » (Lc 23,40), comme le dira l’un des deux larrons de qui le Règne s’est fait proche au point de pouvoir y rentrer immédiatement ; c’est ainsi que le lieu de la perdition devient le lieu du salut ; la faiblesse de l’homme, sa maladie, son mal devient le lieu par excellence où Dieu se révèle dans son choix irrévocable et scandaleux d’un amour qui n’exclut personne. 

Le lépreux, le larron, nous invitent aujourd’hui à oser ce salut : pour eux deux, il a suffi d’une supplication, de quelques paroles murmurées au plus profond de leur douleur. Et la distance qui les séparait de Dieu a aussitôt disparue. 

+Pierbattista