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Méditation du Patriarche Pizzaballa: XII dimanche du Temps Ordinaire, année A

25 juin 2017 

XII dimanche du Temps Ordinaire, année A 

Après la longue période du Carême, du temps de Pâques et des Solennités du Seigneur, nous reprenons aujourd’hui le chemin des dimanches du Temps Ordinaire. 

Nous sommes au chapitre 10 de l’Evangile de Matthieu qui rapporte intégralement un discours de Jésus dédié à la mission : Jésus envoie les siens annoncer la bonne nouvelle du Règne, leur donne des indications sur l’attitude à adopter et leur annonce, sans mâcher ses mots, que leur mission rencontrera des obstacles et des refus : la persécution ne sera pas une exception mais une partie intégrante de la mission car le message que les disciples annoncent est tout autre que celui du monde et le monde ne reconnait pas et n’accepte pas ce qui n’est pas de lui. 

C’est pour cela qu’ils doivent se préparer à être méprisés, écartés, moqués : ce sera l’occasion à la fois de croître dans la conformité à leur maître et seigneur et de témoigner. 

Dans le passage d’aujourd’hui, revient plusieurs fois l’invitation à ne pas avoir peur : « Ne craignez donc pas ces gens-là ; rien n’est voilé qui ne sera dévoilé, rien n’est caché qui ne sera connu » (Mt 10,26). 

Deux aspects frappent immédiatement l’esprit : le premier est que l’on peut demander à quelqu’un de ne pas avoir peur, comme s’il était possible, face à un danger, d’empêcher la réaction naturelle d’alerte et de crainte. 

La deuxième chose qui frappe est le lien entre la peur et les paroles qui suivent : nul besoin d’avoir peur car tout sera révélé. Qu’est-ce que cela signifie ? 

Il y a un autre passage dans l’Evangile de Matthieu dans lequel ce lien entre la peur et la dissimulation revient : il s’agit du chapitre 25 et du récit de la parabole des talents. 

Les serviteurs qui ont reçu plusieurs talents se présentent devant leur maître avec sûreté et confiance ; mais le serviteur qui a reçu un seul talent a eu peur et a caché son talent au lieu de le faire fructifier ; le maître est alors très sévère avec lui (Mt 25, 14-30). 

Si nous cherchons mieux, il y a d’autres épisodes où l’on retrouve le binôme peur-dissimulation : par exemple, le soir de Pâques, lorsque l’évangéliste Jean raconte que les disciples, par peur des juifs, se sont enfermés dans une pièce, avec les portes verrouillées (Jn 20,19). 

Si nous remontons encore avant, nous retrouvons la même dynamique au début de l’histoire où nous attend le premier couple qui, après le péché, a peur du Seigneur et se cache (Jn 3, 8-10). 

On en vient alors à penser que la peur conduit nécessairement à se fermer et à cacher le don qui est donné ; et ce n’est alors plus seulement un problème personnel mais un contre-témoignage, une mission manquée. 

Si au contraire, l’attitude qui m’habite est la confiance, alors seulement, cette confiance sera mon témoignage car j’annoncerai, avec ma confiance, la relation qui me soutient et qui me fait vivre : le message que j’annonce sera vraiment  dévoilé et connu (v. 26) et alors seulement mon annonce ne sera pas assombrie par la peur. 

Mais comment sera-t-il possible de ne pas avoir peur ? 

Il semble évident dans ces extraits que nous avons mentionnés que tout dépend de la relation : Adam et Eve rompent la relation avec leur Créateur et ils ont peur. Les apôtres, le soir de Pâques vivent la perte et la lutte de leur Seigneur, ils le croient absent et lointain : et ils ont peur. 

Il en est ainsi dans la parabole des talents ; le serviteur a une mauvaise image de son maître, celle d’un Seigneur cruel et non d’un père : et il a peur. 

Il en sera ainsi du disciple envoyé en mission : s’il a peur, ce sera parce que il se sent seul et il se pensera alors en dehors de la relation avec Celui qui compte même les cheveux de sa tête (v. 30) : ce sera alors comme s’il devait affronter le danger et la persécution seul, sans Lui. 

Mais nous venons de célébrer Pâques, l’Ascension, la Pentecôte et nous avons expérimenté la certitude que le Seigneur est réellement avec nous chaque jour et que l’Esprit, en nous, est la mémoire vivante du Christ. 

Nous apprenons ainsi qu’aujourd’hui, le fruit du mystère pascal est celui d’une Eglise en mission, et que la mission de l’Eglise a le visage de la confiance totale et de la liberté des fils qui sont affranchis aussi de leur propre vie. 

+Pierbattista