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Méditation du Patriarche Pizzaballa : II Dimanche du Temps Ordinaire, année B

14 janvier 2018 

IIème dimanche du Temps Ordinaire, année B 

Nous sommes encore sur les rives du Jourdain où Jean continue de baptiser. 

L’Evangile dit que « Jean se trouvait là » (Jn 1,35) et il semble même que le Baptiste y reste jusqu’au moment où sa présence ne produit plus de changement : ce changement n’est pas le sien (sa tâche consiste « seulement » à préparer et témoigner de la venue du Messie) mais de ses disciples. 

Le passage d’Evangile d’aujourd’hui nous indique que Jean était là avec deux de ses disciples et que ceux-ci cessent alors de demeurer avec lui et commencent à suivre Jésus. 

Le Baptiste sera de nouveau mentionné au chapitre 3 (23-30), mais seulement pour dire qu’il est temps de disparaître, de diminuer : si Celui qu’il attendait est arrivé, si « tous vont à lui » (Jn 3, 26), si même ses disciples commencent à le suivre, c’est que sa mission est maintenant pleinement accomplie. 

Ce qui commence à présent est un chemin à la suite du Christ. Et il commence par deux expressions qui sont caractéristiques de cette suite: écouter et suivre (Jn 1,37). Le disciple est celui qui se met dans une attitude d’écoute et qui accueille : écouter est une manière d’être au monde, de ne pas vivre que pour soi mais de ce qui lui est donné. Celui qui écoute est conscient qu’il reçoit la vie des autres. 

Mais écouter ne suffit pas : nous sommes des disciples lorsque l’écoute entraîne un mouvement, une action, lorsque ce que ce que nous avons entendu nous fait suivre Celui qui nous parle, lorsque cela nous fait venir vers Lui, lorsque cette écoute fait naître une relation. 

Nous retrouvons ces deux expressions au chapitre 10, au chapitre du bon Pasteur : « Mes brebis écoutent ma voix ; moi, je les connais, et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle » (Jn 10, 27-28). 

Aux deux disciples qui se mettent à sa suite, Jésus pose une question fondamentale : «Que cherchez-vous ? » (Jn 1, 38). Ce sont là les premières paroles de Jésus dans l’Evangile de Jean. 

C’est comme si Jésus  demandait de  mettre au clair le point de départ, le désir qui les entraîne et le feu qui les pousse. De mettre au clair le manque que tout le monde a en soi et qui pousse à ne pas se contenter de ce qu’on a déjà, de ce qu’on sait  déjà ou de ce qu’on aime  déjà. 

Celui qui comprend la question de Jésus est conscient et sent que nous sommes toujours faits pour un au-delà et que cet au-delà  doit être recherché, attendu parce qu’il ne peut que nous être donné. 

Par une telle question, Jésus nous dit aussi que celui qu’ils commencent à suivre est un Dieu qui se laisse chercher et qu’il n’est pas impossible de trouver. C’est même Lui, au contraire qui, à son tour, est à la recherche de l’homme, comme nous le verrons d’ici peu avec Pierre. Jésus ne demande rien d’autre, Il ne demande pas d’autres références sinon celle de trouver en soi-même un désir plus profond. 

Ce sont les deux disciples qui expriment de façon extraordinaire, quel est ce désir profond, par une question : « Maître –, où demeures-tu ? » (Jn 1, 38). Le désir est une question qui porte sur le lieu, d’une maison où habiter avec quelqu’un. 

Les disciples des rabbins de ce temps allaient souvent dans la maison de leurs maîtres, pour apprendre de vive voix, à travers le partage de la vie, l’art du savoir dont leurs maîtres étaient experts. Il est nécessaire de savoir où l’autre vit, pour pouvoir le chercher et le trouver. C’est l’expérience de tant de pèlerins qui viennent à nous du monde entier, pour voir où demeurait Jésus. 

Ainsi en est-il pour tous : le désir plus vrai, que nous portons en nous-même est celui de rester avec Lui ; de savoir avec certitude que nous pouvons Le trouver, qu’il y a un lieu, dans notre vie où Il demeure, toujours là, à nous attendre pour demeurer avec nous. 

La réponse de Jésus va de soi: Il ne donne pas une adresse mais un chemin sur lequel cheminer ensemble : « « Venez, et vous verrez » (Jn 1, 39). Le lieu où le chercher est la suite même, c’est aller derrière Lui : il n’y a pas d’autre endroit où Le connaître, où demeurer auprès de lui (Jn 1, 39). 

Quiconque L’écoute et Le suit devient à son tour témoin, comme l’a été le Baptiste : la force d’attraction qu’il a expérimenté sur sa personne, la fascination des paroles qui ramènent immédiatement à l’essentiel deviennent à leur tour une attirance pour les autres. 

L’Evangile de Jean présente les autres passages où celui qui a écouté et a cru devient à son tour un instrument de salut pour les autres et qui, à travers lui, parviennent à croire : c’est le cas de la Samaritaine (Jn 4), qui laisse la cruche et court à travers tout le pays pour annoncer qu’elle a rencontré quelqu’un qui lui a dit des paroles nouvelles, des paroles différentes de celles qu’elle avait entendues jusqu’à ce moment. 

Ici, le disciple devenu témoin est André : à peine a-t-il rencontré son frère qu’il lui partage la découverte qu’il a fait et la vie nouvelle que cette découverte a fait naître en lui (Jn 1, 40-42). En l’accompagnant vers Jésus, il découvre en tout premier lieu que Lui, le Maître, connaît les siens : « Jésus posa son regard sur lui et dit : « Tu es Simon, fils de Jean ; tu t’appelleras « Kèphas » – ce qui veut dire : Pierre » (Jn 1, 42). Jésus voit Pierre et Il change son nom. C’est le symbole d’une nouvelle mission que le Seigneur lui confiera. C’est aussi le symbole de ce changement de vie radical qui atteint chaque disciple qui s’engage, qui accepte de laisser tout le reste pour écouter son désir intime, plus authentique, et rester avec le Seigneur. Vraiment, cela change la vie. 

+Pierbattista