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Méditation de Mgr Pizzaballa: 2ème Dimanche du Temps Ordinaire, année C

20 janvier 2019 

2ème Dimanche du Temps Ordinaire, année C 

L’Evangéliste Jean montre un véritable souci de relire l’expérience de Jésus à partir du livre de la Genèse. 

En effet, comme dans la Genèse, Jean débute son récit avec l’expression « au commencement » ; et comme dans la Genèse, il développe ce commencement au cœur du récit d’une semaine, jour après jour. 

Tout se passe comme si nous étions devant une nouvelle création. De la même manière que Dieu avait créé le monde et l’homme en 6 jours – après qu’il se soit reposé le septième jour – ainsi Jésus recréé l’homme et la réalité. Il fait revivre le créé et le reconduit à sa beauté originale. Il le renvoie à son véritable commencement, c’est-à-dire au Père. 

Le passage que nous venons d’écouter aujourd’hui (Jn 2,1-11) débute justement avec un indice temporel : « le troisième jour il y eut un mariage… » (Jn 2,1). Jean avait raconté les trois premiers jours passés par Jésus en Galilée, où s’était formé auprès de lui le premier noyau des disciples (Jn 1,19-51). À partir de là, il était parti avec eux pour la Galilée où, le troisième jour, il avait participé à cette fête de noces. 

Il faut nous arrêter un instant sur ces précisions temporelles. Nous sommes le sixième jour, c’est-à-dire celui de la création de l’homme ; mais Jean tient aussi à préciser que c’est le troisième jour depuis l’arrivée en Galilée. Et ce « trois » renvoie au grand jour de l’Alliance rapportée au chapitre 19 de l’Exode (Ex 19,1 ;19,16). Le troisième jour, Dieu se révèle au peuple dans une grande théophanie et donne à Israel les dix paroles (les dix commandements), qui seront à la base de leur relation, et donc de leur alliance. 

Mais que veut donc dire l’Evangéliste Jean lorsqu’il explicite ces indications temporelles dans l’épisode des noces de Cana ? Quelle est cette nouvelle création ? Quelle est cette gloire (Jn 2,11) que Jésus révèle aux siens ? 

En réalité notre interrogation est nécessaire, car à Cana rien de véritablement éclatant ne semble vraiment arriver. 

Jésus est à une fête de noces et le vin vient à manquer (Jn 2,3). C’est effectivement un problème, mais il ne constitue pas un évènement dramatique pour autant. Jésus ne se trouve pas devant une question de vie ou de mort. 

En revanche, ce miracle est si important que Jean souligne qu’il fut le début des autres signes que Jésus accomplira et que, avec lui, il manifesta sa Gloire. Grace à ce premier signe, ses disciples crurent en Lui (Jn 2,11) 

À Cana, rien d’éclatant n’arrive si ce n’est qu’un événement ordinaire de vie se révèle être une occasion si importante pour Jésus qu’il y accomplira son premier miracle. 

Et il le fait avec une surabondance qui peut sembler décalée. Mais la joie simple de deux époux vaut bien cette surabondance paradoxale d’amour et de don. Voici donc l’homme nouveau que Jésus créé : l’homme que Dieu aime en surabondance, l’homme à qui Dieu révèle cet amour et cette parole. 

Et les disciples sont appelés à croire à cela, à voir la Gloire de Dieu qui se révèle, non plus comme sur le mont Sinaï entre éclairs et tonnerre, mais dans la joie retrouvée des deux époux. 

Mais quelle est la condition pour que ceci puisse arriver ? 

Il me semble que le texte nous en propose au moins deux. 

La première avait déjà été annoncée en Ex 19, lorsque, à l’annonce de la venue du Seigneur, le peuple s’était exclamé : « Ce que le Seigneur a dit, nous le ferons » (Ex 19,8). C’est avec cette même expression que Marie dit aux serviteurs à Cana : « tout ce qu’il vous dira, faites-le » (Jn 2,5) 

La condition pour que le nouveau peuple des croyants puisse recevoir le bon vin de la nouvelle alliance est celle de « faire la Parole ». Il s’agit de s’abandonner avec une totale confiance dans la Parole du Seigneur. Cette Parole qui, dès le commencement, dit son amour pour nous et son désir d’avoir avec nous une relation sponsale, intime et unique. 

Où nous portera cette obéissance amoureuse ? 

L’Evangéliste Jean affirme que cette obéissance nous porte à Béthanie. C’est en effet là que, au chapitre 12, on trouve l’ « épisode reflet » des noces de Cana. Nous sommes au premier jour de la dernière semaine de Jésus (Jn 12,1). Une femme dit son amour pour lui avec l’onction d’un précieux nard. 

Les noces commencent alors bien à Cana et s’accomplissent à Béthanie. C’est là que l’épouse répond à l’amour de son Seigneur avec la même abondance, surabondance du don. 

La seconde condition nous est aussi indiquée par la Mère du Seigneur. Elle est celle de lui demander à lui, et non à d’autres, le vin (Jn 2,3). Marie ne s’adresse pas au maitre de table, ni à personne d’autre, car elle sait bien que personne ne peut donner le vin qui manque. 

Il y a, dans le cœur de l’homme, un manque radical de vie et d’amour ; Et cette nouvelle abondance de vie jaillira pour tous de la source qui s’ouvrira du coté du Christ, le troisième jour. C’est là qu’il sera clair et évident que la Gloire du Seigneur est véritablement de nous avoir aimé jusqu’au bout. 

+Pierbattista