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Méditation du Patriarche Pizzaballa: 4ème Dimanche du Temps Ordinaire, année C

3 février 2019 

4ème Dimanche du Temps Ordinaire, année C 

Dimanche dernier, nous avons vu les débuts de la vie publique de Jésus selon l’Evangile de Luc. Ils étaient alors placés sous le signe de la consolation (Lc 4,14-21). La consolation annoncée par les prophètes et attendue par tout le monde s’accomplit dans la vie du Seigneur Jésus, dans son être consacré par le Père pour porter à tous l’annonce de la grâce. 

Aujourd’hui nous avons, d’une certaine manière, la preuve que cette consolation est véridique, sûre et certaine, pour tous. Nous pouvons le déduire du seul fait que Jésus est disponible à en payer le prix dans sa propre personne. 

Le passage de l’Evangile d’aujourd’hui (Lc 4,21-30), qui est la suite directe de celui de dimanche dernier, raconte la réaction des gens face à l’annonce faite dans la synagogue. Jésus se trouve à Nazareth, entre parents et personnes connues, et c’est à eux en premier qu’il annonce qu’avec lui s’accomplit la promesse faite par Dieu à son peuple. 

Mais c’est justement là que Jésus expérimente immédiatement l’opposition et le refus. Ce n’est donc pas des personnes éloignées, des ennemis ou des païens que vient l’opposition, mais bien des plus proches, des siens, de ceux de sa propre maison. 

Jésus semble dire que ceci même est écrit dans la révélation. Ainsi, de manière mystérieuse, le message de la grâce est toujours associé à un refus, à une résistance. Et cela justement de la part de ceux qui sont pourtant les premiers appelés à l’écouter et à l’accueillir. Cela fait partie de la grâce, que de pouvoir être refusée. Pour qu’elle soit véritablement grâce, uniquement grâce, il faut que l’expérience dramatique du refus soit possible. Elle confirme justement que cette grâce est bien pour tous et qu’en même temps elle ne saurait contraindre personne. 

C’est justement lorsqu’elle est refusée que nous est donnée la confirmation que cette grâce est sûre et pérenne. Car elle va au-delà du refus. Elle le traverse, tout comme Jésus traverse au milieu des gens de Nazareth qui, pourtant, l’enserrent pour le jeter depuis la montagne (Lc 4,30). La grâce ne dépend pas de notre accueil, mais elle est toujours donnée sans condition. Autrement, elle ne serait pas vraiment la grâce. 

Une question importante à se faire est celle qui regarde les raisons du refus : pourquoi les proches de Jésus ne l’accueillent-ils pas ? Pourquoi donc se déchaine ainsi une opposition tellement forte qu’elle envisage de conduire à la mort ? Pourquoi passe t-on si rapidement de l’émerveillement à l’incompréhension ? 

Il ne semble pas y avoir de réels motifs qui justifieraient le comportement des Nazaréens. Seule une maladie du cœur qui s’oppose à toute nouveauté possible, à toute beauté, à tout don, serait envisageable. Et plus le don se fait proche et gratuit, plus l’insensibilité du cœur augmente. Et pourtant seule une telle grâce à ce point gratuite peut guérir cette douleur, cette maladie. 

Les Nazaréens, comme les pharisiens et comme tant d’autres dans l’Evangile, n’étaient pas capables de reconnaitre la nouveauté dans la personne de Jésus. Leur cœur était fermé à la nouveauté. Leur idée du messie l’emportait sur la personne qu’ils avaient devant-eux. De cette manière, ils n’ont pas rendu possible l’œuvre de l’Esprit en eux, et ont été incapables de voir le mode complètement renouvelé de la vie. Pour accueillir Jésus , pour le voir dans sa vérité, il est nécessaire de se faire petit et pauvre. C’est à eux en effet qu’est annoncée la Bonne Nouvelle (Lc 4,18 : « Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres »). Les pauvres de l’Evangile sont ceux qui sont capables de faire une place à la nouveauté, sans apriori. Ils sont les pauvres, les petits, les privilégiés, car ils sont capables de se laisser guérir, comme les habitants des villages de Galilée qui accueillirent Jésus, au contraire des habitants de Nazareth. 

Le comportement des habitants de Jérusalem pourrait nous scandaliser. 

Mais nous devons rester vigilants, car il traduit simplement ce qui se trouve dans le cœur de tout homme, et donc aussi dans le notre. Et en effet, combien de fois ce cœur semble résister à se laisser rendre heureux ? Nous préférons mille fois mériter les choses, les conquérir, les gagner, que d’accueillir un don. 

Jésus est justement venu pour cela : pour guérir ce péché de l’homme devenu incapable de croire à l’amour du Père. C’est pour cela qu’il est nécessaire que Jésus paie de sa personne la grâce qu’il nous offre. Il nous montre ainsi combien vaut notre vie à ses yeux. 

+Pierbattista