25 janvier 2026
Troisième dimanche du temps ordinaire – Année A
Matthieu 4, 12-25
Chers frères et sœurs, membres de la communauté nouvellement établie de Saint-Nicolas,
chers prêtres, religieux et religieuses,
chers tous qui êtes aujourd'hui réunis en tant que famille de Dieu,
La Parole de Dieu que nous venons d'entendre ne pourrait être plus appropriée pour ce jour de grâce. Il ne s'agit pas simplement du récit d'un commencement passé ; c'est une révélation de la manière dont Dieu, aujourd'hui encore, fait naître son œuvre. Ainsi, alors que l'Église, dans un acte de confiance et d'espérance, établit cette paroisse, l'Évangile éclaire le sens profond de ce que nous vivons et célébrons.
L'Évangile s'ouvre sur une ombre : « Quand Jésus apprit l'arrestation de Jean le Baptiste ... ». L'arrestation du Baptiste est plus qu'un détail chronologique, c'est un événement théologique. Le prophète de la préparation, la voix qui crie dans le désert, est réduit au silence par l'injustice et la violence du pouvoir.
Nous pourrions être tentés de penser : un échec. L'œuvre de Dieu s'est arrêtée. Et pourtant, ce n'est pas le cas. C'est précisément là, dans cette blessure, que l'histoire du salut change de rythme, mais elle ne s'arrête pas. Jean, le précurseur, quitte la scène comme le fait tout témoin authentique : en livrant sa vie à la vérité qu'il a proclamée. Et Jésus reprend le flambeau. Lui aussi, comme nous le savons, sera « livré ».
Frères et sœurs, cela révèle quelque chose d'essentiel sur l'Église : elle ne naît jamais d'un triomphe humain, mais toujours d'une fidélité qui passe par l'épreuve. Votre communauté, elle aussi, ne naît pas du néant, ni d'un idéal déjà parfait. Il n'y a rien d'idéal dans cette paroisse, sauf votre présence : aucun lieu, aucun espace, rien d'autre. Elle est née d'une histoire concrète, façonnée par des attentes, des cheminements patients et peut-être des sacrifices cachés. Aujourd'hui, par cet acte, l'Église proclame que l'Évangile continue à générer la vie précisément au sein des histoires complexes et pas toujours réconciliées de l'humanité.
Et que fait Jésus face à cette fermeture ? « Il se retira en Galilée ». Remarquez le verbe : il ne « s'enfuit » pas, mais « se retira ». C'est le langage du discernement, du choix prophétique. Quand un chemin semble bloqué, le Fils de Dieu ne force pas la porte ; il cherche l'ouverture que le Père lui révèle. Et où se trouve cette ouverture ? En Galilée des Gentils, une région frontalière, périphérique, mixte et diversifiée. Ce n'est pas Jérusalem, le centre religieux, ni Rome, le centre politique, mais un carrefour de peuples, de langues, de cultures et de traditions, considéré comme impur et insuffisamment orthodoxe.
Nous voyons ici le génie de Dieu : il choisit la périphérie et en fait le centre de sa révélation. Il choisit la complexité et en fait le visage même de son Église.
Et aujourd'hui, un mot résonne pour vous, communauté de Saint-Nicolas : vous êtes une « Galilée » de notre temps. Votre communauté est marquée par la diversité : origines, langues, cultures et sensibilités différentes. Ce n'est pas une limite à surmonter à la hâte. C'est votre identité, c'est une grâce, c'est un signe des temps. La création de cette paroisse est un acte de foi : l'Église déclare qu'elle ne craint pas la pluralité, mais qu'elle l'accueille comme le terrain privilégié où l'Évangile peut s'incarner. Ici, la foi n'efface pas les différences, mais elle les baptise, les purifie et les oriente vers la communion. Ici, personne n'est plus étranger, car nous sommes tous des pèlerins appelés par le même Seigneur.
C'est aussi un acte de courage. En cette terre de Chypre, si belle et pourtant blessée, cette décision exprime la détermination de ne pas laisser les blessures et les divisions façonner nos choix. Au contraire, nous voulons être un levain d'unité et de vie.
Après s'être installé à Capharnaüm, Jésus commence sa proclamation : « Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche. » Mais Matthieu nous montre immédiatement que ce Royaume n'est pas un manifeste abstrait. Il prend chair dans l'appel personnel. Jésus marche le long de la mer, entre dans la vie ordinaire des pêcheurs, les regarde, les appelle par leur nom : « Simon, appelé Pierre, et André son frère... Jacques et Jean. »
La première œuvre du Royaume est la relation : un regard, une parole, une invitation - « Suivez-moi ». C'est le fondement de tout.
La paroisse qui voit le jour aujourd'hui n'est pas avant tout une structure administrative ou un territoire géographique. C'est avant tout une communauté convoquée par la Parole de Dieu. Un lieu où, grâce à la médiation de frères et sœurs, chaque personne peut se sentir vue et appelée par le Christ - par son nom, avec son histoire, sa langue, ses blessures et ses dons uniques.
Et la promesse est belle : « Je ferai de vous des pêcheurs d'hommes ». Qu'est-ce que cela signifie, en particulier dans une « Galilée » comme la vôtre ?
Le pêcheur de Galilée ne travaillait pas seul. Il travaillait dans un bateau, avec un filet, au sein d'une équipe. Être « pêcheurs d'hommes » signifie : avoir de la patience, attendre le bon moment ; travailler ensemble, car le filet est lourd et doit être tiré par de nombreuses mains ; prendre soin de ce qui est pêché, le ramener à la lumière, au salut, à la plénitude de la vie.
Dans une communauté plurielle comme la vôtre, la paroisse est appelée à être précisément cela : une école de cet art. Une école de communion, où l'on apprend la patience de l'écoute, l'effort du dialogue et la beauté du service mutuel. Un lieu où la foi se traduit en respect, en attention aux personnes fragiles, perdues ou fatiguées. Une mission qui ne s'impose pas, mais s'offre ; qui ne divise pas, mais réconcilie ; qui n'homogénéise pas, mais unit dans le Christ.
Le prophète Isaïe, cité aujourd'hui par Matthieu, parle d'un « peuple qui vivait dans les ténèbres » et qui a vu « une grande lumière ». Cette lumière, c'est le Christ. Une lumière qui n'efface pas comme par magie les ombres de l'histoire – les difficultés, les malentendus, la fatigue de construire ensemble –, mais une lumière qui guide, accompagne et rend le chemin possible.
Cette paroisse Saint-Nicolas est appelée à être le reflet de cette lumière : une lumière discrète, fidèle, accueillante. Une lumière qui éclaire sans éblouir. Une lumière allumée dans l'Eucharistie, diffusée par la charité fraternelle et qui brille dans une espérance qui ne déçoit pas.
Chers frères et sœurs,
le passage se termine avec Jésus parcourant toute la Galilée, enseignant, guérissant et proclamant. C'est un mouvement imparable : il commence avec Lui, passe par les disciples et atteint les foules. C'est là le dynamisme même de l'Église : du Seigneur à la communauté, puis au monde.
Aujourd'hui, ce mouvement divin de salut prend chair ici, parmi vous, dans cette partie de l'île de Saint-Paul et Saint-Barnabé, avec cette nouvelle paroisse dédiée à Saint Nicolas, saint à la charité généreuse, protecteur des petits et des faibles.
Nous confions ce commencement, si évangélique, si beau et si exigeant, à l'intercession maternelle de la Vierge Marie qui, à la périphérie même de Nazareth, au cœur de la Galilée des Gentils, a prononcé son « oui ». Nous le confions à la grâce de l'Esprit Saint, artisan de la communion dans la diversité.
Que cette communauté de Saint-Nicolas soit véritablement : une maison de l'Évangile, où tous se nourrissent de la Parole ; un foyer d'accueil, où personne n'est étranger ; un signe d'espérance, rayonnant la confiance en Dieu ; un instrument de communion, où nous apprenons l'art d'être, ensemble, des pêcheurs d'hommes.
Amen.

